En bref
- Une pelouse de graminées seules offre peu ou pas de ressources aux pollinisateurs.
- Le trèfle mêlé au gazon attire des dizaines d'espèces d'abeilles.
- Tondre aux deux ou trois semaines plutôt que chaque semaine laisse fleurir la pelouse.
- Une zone peu tondue, un talus fleuri ou une bande de plantes indigènes complètent le tout.
Pourquoi une pelouse classique offre si peu
Selon l'Université du Wisconsin, une pelouse composée uniquement de gazon offre peu ou pas de ressources aux pollinisateurs. Une étude réalisée dans le Grand Montréal pour la Fondation David Suzuki (2018) l'illustre bien. Le gazon tondu comptait en moyenne 5,58 espèces de plantes, contre environ 10 dans les champs et les friches. Il abritait beaucoup moins d'invertébrés, dont la biomasse chutait de près de 100 % après une tonte, et il était en moyenne 5 °C plus chaud. L'étude ne porte que sur une saison, avec peu de répétitions.
Or les pelouses occupent beaucoup de place : de 8,2 % du territoire à Sherbrooke jusqu'à 19,5 % à Montréal, sans compter les terres agricoles et les forêts (Fondation David Suzuki, 2024).
Les abeilles du Québec
Le Canada compte 856 espèces d'abeilles recensées (Sheffield et coll., 2017), et le Québec, près de 350 (Université Laval). Certaines sont en difficulté : le bourdon à tache rousse est désigné menacé au Québec, et le bourdon terricole est susceptible de l'être (liste du gouvernement du Québec, mise à jour le 31 mars 2025).
Le trèfle, le geste le plus simple
Dans une étude à Minneapolis, 56 espèces d'abeilles ont été observées sur le trèfle des pelouses, l'abeille domestique en tête. Les pelouses enrichies d'autres fleurs basses, comme la brunelle et le thym, attiraient des abeilles encore plus variées (Wolfin et coll., 2023).
Le trèfle blanc n'est pas une plante indigène : il vient d'Europe, d'Asie et d'Afrique (Université du Minnesota). Il reste une source de nourriture appréciée. Le micro-trèfle fleurit moins que le trèfle blanc ordinaire, surtout s'il est tondu souvent (Université du Maryland). Ses avantages et ses limites sont détaillés dans notre guide Le trèfle dans la pelouse.
Tondre moins souvent, aux bons endroits
Une méta-analyse publiée en 2022 conclut que réduire la fréquence de tonte augmente l'abondance des insectes et autres arthropodes, et plus encore leur diversité (Proske et coll.). Aux États-Unis, une étude a mesuré jusqu'à 2,5 fois plus de fleurs sur des pelouses tondues aux trois semaines que sur des pelouses tondues chaque semaine ; les pelouses tondues aux deux semaines accueillaient le plus d'abeilles, mais moins d'espèces (Lerman et coll., 2018).
Pas besoin de laisser tout le terrain en friche. Des villes comme Saint-Hyacinthe pratiquent depuis 2023 la « gestion différenciée » : la tonte est ajustée selon l'endroit, et certaines zones sont laissées à l'état naturel. Chez vous, une bande moins tondue au fond de la cour ou un talus fleuri peut jouer le même rôle.
Et le « mai sans tondeuse » ?
Le mouvement est né en 2019 au Royaume-Uni, sous le nom de No Mow May, lancé par l'organisme Plantlife. Au Québec, le Défi pissenlits a été lancé en 2021 par Miel&Co, des apiculteurs de Portneuf ; il est aujourd'hui porté par Nature Action Québec. La Ville de Québec y participe depuis 2022.
Un bémol : l'étude du Wisconsin (à Appleton) qui avait popularisé l'idée a été rétractée en 2022. Tondre aux deux ou trois semaines pendant toute la saison est mieux appuyé par la recherche qu'un seul mois sans tonte (Cornell). Avant de laisser pousser, vérifiez le règlement de votre ville : certaines, comme Laval, fixent une hauteur maximale de gazon, que Laval suspend du 1er au 31 mai.
Moins de pesticides
Au Québec, le Code de gestion des pesticides interdit depuis 2003 plusieurs ingrédients actifs sur les surfaces gazonnées. Depuis le 6 juillet 2025, la liste des ingrédients interdits est plus longue et l'interdiction s'étend à tous les espaces verts : pelouses, arbres, arbustes et potagers. Plusieurs municipalités vont plus loin : en 2024, Saint-Hyacinthe disait rejoindre « plus de 150 municipalités québécoises » qui interdisent les pesticides à des fins esthétiques. Vérifiez toujours le règlement de votre ville avant tout traitement.
Prairie fleurie, talus ou bande indigène
Une prairie se sème comme une pelouse, mais elle se gère autrement. Le guide d'aménagement de l'UPA Montérégie donne les grands repères :
- un lit de semence fin, semé avant la mi-juin, de la mi-août à la mi-septembre, ou en dormance, de la fin d'octobre à novembre ;
- la première année, ce sont surtout les plantes annuelles qui fleurissent ; les vivaces « peuvent prendre plusieurs années avant de fleurir » ;
- une fauche tard à l'automne, après la production des graines, et assez haute ;
- pour l'habitat du monarque, éviter les fauches de juin à septembre.
Attention aux étiquettes : « fleurs sauvages » ne veut pas dire « indigènes ». Plusieurs mélanges vendus en magasin contiennent surtout des espèces non indigènes, comme le cosmos, le zinnia, la capucine ou le coquelicot. Pour un milieu vraiment local, demandez la liste des espèces.
L'hydroensemencement peut servir à semer ces mélanges, notamment sur un talus difficile à tondre ou sur une rive, où l'on privilégie la végétation indigène. Voyez notre service Talus et contrôle de l'érosion.
Le monarque et l'asclépiade
Le monarque est désigné « en voie de disparition » au Canada depuis le 8 décembre 2023. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a estimé son déclin à 83 % entre 1994 et 2015. Ses chenilles ne se nourrissent que d'asclépiade. Il est commun dans le sud du Québec, mais il ne figure pas sur la liste québécoise des espèces menacées ou vulnérables.
Plus de 100 municipalités québécoises sont désignées « Ville amie des monarques », un programme de la Fondation David Suzuki et d'Espace pour la vie. Si vous semez de l'asclépiade, choisissez une espèce indigène du Québec : la « belle asclépiade », proposée dans certains guides, n'est répertoriée à l'état naturel que dans l'Ouest canadien (base de données VASCAN).
Ce que nous pouvons semer pour vous
- une nouvelle pelouse de gazon et de micro-trèfle ;
- du trèfle blanc sur un talus ou un coin difficile à tondre ;
- un mélange de plantes indigènes sur une rive ou une bande riveraine, une fois les autorisations obtenues.
Pour une pelouse qui demande aussi moins d'eau, voyez notre guide Économiser l'eau sur sa pelouse.
Sources
- Université du Wisconsin, article sur les pelouses et les pollinisateurs.
- Fondation David Suzuki, La fin du gazon (Francoeur et coll.), 2018, et Partage ta pelouse, 2024.
- Sheffield et coll., les abeilles du Canada, The Canadian Entomologist, 2017.
- Université Laval, abeilles domestiques et sauvages en ville, 2020.
- Gouvernement du Québec, liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables, mise à jour le 31 mars 2025.
- Wolfin et coll., fleurs dans les pelouses et abeilles sauvages, Université du Minnesota, 2023.
- Université du Minnesota, Dutch white clover, et Université du Maryland, Lawns and Microclover.
- Proske et coll., méta-analyse sur la tonte et les arthropodes, Urban Forestry & Urban Greening, 2022.
- Lerman et coll., étude sur la fréquence de tonte et les abeilles, 2018.
- Cornell Cooperative Extension, No Mow May, 2024.
- Noovo, Défi pissenlits, 2022 ; Ville de Saint-Hyacinthe, communiqué sur le Défi pissenlits et la gestion différenciée, 2025, et communiqué sur les pesticides, 2024.
- Ville de Québec, Mai sans tondeuse et le monarque.
- Ministère de l'Environnement, critères des pesticides interdits en milieu urbain et obligations pour l'entretien des espaces verts, 2025 ; Code de gestion des pesticides, LégisQuébec.
- UPA Montérégie, guide d'aménagement et fiche sur le monarque.
- Botanix, exemple de mélange de fleurs sauvages.
- Gouvernement du Canada, DORS/2023-263, et COSEPAC, évaluation du monarque, 2016.
- VASCAN, fiche de la belle asclépiade (Asclepias speciosa).