En bref
- Une pelouse établie a besoin d'environ 2,5 cm d'eau par semaine, pluie comprise.
- Arrosez en profondeur, une fois par semaine ou moins, tôt le matin si votre règlement le permet.
- Tondez haut et laissez les rognures sur place.
- Une pelouse jaune en juillet est souvent en dormance, pas morte.
Pourquoi c'est important au Québec
En 2023, la consommation résidentielle d'eau potable atteignait 245 litres par personne par jour au Québec, contre 220 litres au Canada (gouvernement du Québec). En été, la consommation peut augmenter « parfois jusqu'à 40 % » (Ville de Québec). À Vaudreuil-Dorion, environ la moitié de l'écart entre l'été et l'hiver vient de l'arrosage des pelouses.
Une bonne partie de cette eau est perdue : environ 50 % de l'eau utilisée dans les espaces végétalisés ne profite pas aux plantes, à cause de l'évaporation et du ruissellement (Québec Vert). C'est pourquoi les municipalités encadrent l'arrosage : en 2021, les 531 municipalités suivies par le gouvernement du Québec avaient toutes un règlement sur l'utilisation de l'eau. À Vaudreuil-Dorion, l'arrosage des pelouses à l'eau potable est même interdit en tout temps depuis le 1er janvier 2026, sauf pour une nouvelle pelouse avec permis.
Combien d'eau faut-il à une pelouse ?
Le repère le plus cité, au Québec comme ailleurs, est d'environ 2,5 cm (1 po) d'eau par semaine, pluie comprise (Québec Vert, Longueuil, Boucherville, Trois-Rivières, Université du Minnesota). La pluie couvre de 65 à 100 % de ce besoin selon l'année et la région ; les manques surviennent surtout en juillet et en août (Québec Vert). En général, il n'est pas nécessaire d'arroser avant la fin juin (Boucherville, Trois-Rivières).
Arroser moins souvent, mais en profondeur
Une pelouse établie s'arrose une fois par semaine ou moins, assez longtemps pour mouiller le sol sur environ 15 cm (Université du Minnesota), ou de 15 à 20 cm selon Cornell et Kansas State. Selon Kansas State, arroser tous les jours une pelouse établie n'est ni nécessaire ni souhaitable.
Pour savoir combien de temps laisser l'arroseur en marche, placez quelques contenants à fond plat sur la pelouse et notez le temps qu'il faut pour recueillir 2,5 cm d'eau (Université de Californie).
Le meilleur moment : tôt le matin
Arrosez de préférence tôt le matin : entre 4 h et 10 h selon Québec Vert, entre 5 h et 8 h selon l'Université Purdue. Évitez le milieu de la journée, quand l'évaporation est la plus forte (Université du Minnesota). Le soir est un second choix, car il favorise les maladies (Purdue). Et non, les gouttes d'eau ne « brûlent » pas le gazon au soleil : une étude publiée en 2010 a montré que ce n'est pas le cas pour les feuilles lisses.
C'est toutefois votre règlement municipal qui a le dernier mot. À Montréal, par exemple, un système automatique peut fonctionner de 3 h à 6 h et un arroseur amovible de 20 h à 23 h, selon des jours pairs ou impairs. La Ville de Québec, elle, conseille d'arroser en fin de soirée.
Tondre plus haut et laisser les rognures
Tondre à 7,5 cm (3 po) ou plus réduit les besoins d'arrosage (Université du Minnesota). Au Québec, Québec Vert recommande de 8 à 10 cm, et la Ville de Québec, environ 8 cm. L'herbe plus haute ombrage le sol, réduit l'évaporation et favorise des racines plus profondes (Université d'État de l'Utah). Ne coupez jamais plus du tiers de la hauteur.
Laissez les rognures sur place : selon la Ville de Québec, cet herbicyclage fournit environ 30 % de l'engrais nécessaire et aide à garder le sol humide.
La dormance : laisser jaunir sans s'inquiéter
En période sèche, le pâturin du Kentucky, l'espèce la plus utilisée dans les pelouses québécoises, brunit et entre en dormance. Ce n'est pas la fin de votre pelouse : elle reverdit en général une à deux semaines après de bonnes pluies (Purdue).
Combien de temps peut-elle rester dormante ? Les sources varient : de 4 à 6 semaines sans dommages importants (Iowa State, Longueuil), jusqu'à 8 semaines ou plus dans de bonnes conditions (Purdue, Université du Wisconsin). Québec Vert déconseille d'arroser pour la faire reverdir. Après six semaines, un arrosage de survie d'environ 1 cm aux trois semaines garde les plants vivants, sans les faire reverdir. Pendant la dormance, limitez le piétinement et la tonte.
Une pelouse jaune n'a pas toujours soif : les dégâts de la punaise velue « sont souvent confondus avec ceux causés par la sécheresse » (Université Laval).
Des graminées moins assoiffées
Les fétuques sont les graminées à gazon qui tolèrent le mieux la sécheresse (Université du Minnesota). Les fétuques fines résistent aussi bien ou mieux que le pâturin, alors que le ray-grass vivace y est mal adapté (Université du Wisconsin). La fétuque élevée reste verte plus longtemps, mais elle ne peut pas entrer en dormance, et l'hiver est son point faible dans les climats nordiques.
Une nuance honnête : l'idée que les fétuques fines consomment moins d'eau n'est pas clairement appuyée par la recherche. Dans des essais des universités du Minnesota et Purdue, elles ont toutefois mieux résisté aux sécheresses de 60 jours ou moins et demandé plus de 50 % moins d'intrants que le pâturin et le ray-grass. Tous les détails sont dans notre guide des graminées. Quant au trèfle, les sources se contredisent sur sa tolérance à la sécheresse : voyez notre guide sur le trèfle.
Une nouvelle pelouse, c'est différent
Les premières semaines, une pelouse semée a besoin d'arrosages légers et fréquents pour garder la surface humide jusqu'à la levée (universités du Wisconsin et du Minnesota, Iowa State). La tourbe, elle, demande environ 25 mm d'eau dès la pose, puis un arrosage chaque jour pendant une à deux semaines (Université du Wisconsin, Iowa State, Université du Nebraska).
Laquelle consomme le moins d'eau au total ? Aucune étude que nous avons consultée ne le chiffre, alors nous ne vous avancerons pas de pourcentage. Ce qu'on sait :
- le paillis hydraulique garde l'humidité un peu plus longtemps qu'un sol nu : en serre, le sol nu atteignait le point de flétrissement avant le 4e jour, contre le 5e jour sous paillis hydraulique. C'est un avantage réel, mais modeste, qui ne remplace pas l'arrosage ;
- une pelouse semée s'enracine directement dans votre sol, alors que les plaques de tourbe peuvent créer une couche qui freine l'enracinement (Université du Minnesota, Université du Nebraska) ;
- une nouvelle pelouse n'atteint sa pleine tolérance à la sécheresse que vers un an (Cornell) : la première année, surveillez-la de près en période sèche.
Les villes en tiennent compte : la plupart permettent d'arroser davantage une nouvelle pelouse pendant une courte période. Montréal permet d'arroser une nouvelle pelouse tous les jours pendant 15 jours, et la Ville de Québec, 120 minutes par jour pendant 21 jours. Voyez les règles de votre ville et notre service d'arrosage temporaire, qui suit l'horaire permis.
Sources
- Québec Vert, Bonnes pratiques en économie d'eau pour les municipalités.
- Gouvernement du Québec, faits saillants sur l'eau potable et rapport sur l'usage de l'eau potable 2021.
- Ville de Québec, page sur l'eau potable et arrosage des pelouses.
- Ville de Vaudreuil-Dorion, communiqué sur l'interdiction d'arroser les pelouses, mai 2026.
- Ville de Montréal, réglementation sur l'usage de l'eau.
- Ville de Longueuil, la pelouse, Au fil de l'eau ; Ville de Boucherville, calendrier d'entretien de la pelouse ; Ville de Trois-Rivières, guide d'entretien, 2022.
- Université du Minnesota, Water-saving strategies for home lawns et Seeding and sodding home lawns.
- Cornell Cooperative Extension, Water-wise lawns.
- Kansas State University, Watering established lawns (MF2803).
- Université de Californie, irrigation d'une nouvelle pelouse.
- Université Purdue, Facts and advice on turf survival in drought.
- Egri et coll., New Phytologist, 2010, résumé par ScienceDaily.
- Université d'État de l'Utah, Training turfgrass for drought resilience.
- Iowa State University, pelouses et sécheresse, arrosage d'un semis et arrosage de la tourbe.
- Université du Wisconsin, Drought and lawns et Lawn Establishment and Renovation (A3434).
- Université Laval, fiche sur la punaise velue, 2012.
- Universités du Minnesota et Purdue, Are low-input turfgrasses really low input ?, 2023.
- Université du Nebraska, espèces de gazon courantes, 2021, et établir une pelouse en plaques.
- Eric Lyons (Guelph Turfgrass Institute), article sur la fétuque élevée, Turf & Rec.
- McLaughlin et Lee, NC State University pour le NCDOT, rapport sur les paillis et l'humidité du sol, 2013.