En bref
- Au soleil : le pâturin du Kentucky forme un gazon dense qui se répare seul, le ray-grass vivace lève vite et protège le sol, et les fétuques apportent la rusticité.
- À l'ombre : les fétuques fines, à condition d'avoir au moins 4 heures de soleil direct.
- Peu d'arrosage : les fétuques. Le pâturin, lui, jaunit en période sèche, puis reverdit avec la pluie.
Pourquoi on sème un mélange plutôt qu'une seule espèce
Santé Canada le résume simplement : une pelouse composée de plusieurs espèces « peut tolérer diverses conditions de croissance ». Un mélange résiste aussi mieux aux maladies propres à une seule espèce (Ville de Sherbrooke). La Ville de Québec déconseille d'ailleurs une pelouse de pâturin seul, qu'elle juge fragile à la sécheresse, et recommande de l'associer à des fétuques et à du ray-grass.
Chaque espèce compense les faiblesses des autres. Le pâturin du Kentucky se répare grâce à ses tiges souterraines (les rhizomes), mais il lève lentement et aime le soleil. Le ray-grass lève vite et protège le sol pendant que les autres s'installent, mais il ne s'étend pas pour combler les trous. Les fétuques fines tiennent à l'ombre et dans les sols pauvres. Selon l'Université Laval, le pâturin reste l'espèce la plus utilisée pour établir les pelouses au Québec.
Les principales graminées, une par une
| Graminée | Levée | Forces | Faiblesses |
|---|---|---|---|
| Pâturin du Kentucky | 2 à 3 semaines | Gazon dense ; se répare seul grâce à ses rhizomes ; très rustique | Lent à lever ; aime le soleil ; jaunit en période sèche ; demande plus d'engrais et d'eau |
| Ray-grass vivace | Environ 1 semaine | Levée la plus rapide ; protège vite le sol ; bonne résistance au piétinement | Pousse en touffes et ne comble pas les trous ; craint la glace ; racines peu profondes |
| Fétuque rouge traçante | 1 à 2 semaines | Très bonne à l'ombre ; peu d'engrais ; bonne tolérance à la sécheresse | Supporte mal le piétinement intense et la chaleur humide |
| Fétuque de Chewings (dite « gazonnante ») | 1 à 2 semaines | Gazon fin, dense et bas ; bonne à l'ombre | Piétinement faible ; sensible à la moisissure nivale |
| Fétuque dure (dite « durette ») | Lente | La meilleure des fétuques fines contre la sécheresse et la moisissure nivale | Lente à s'installer ; piétinement faible |
| Fétuque élevée | 1 à 2 semaines | Excellente contre la chaleur et la sécheresse, grâce à ses racines profondes | Fragile en hiver dans les climats nordiques ; forme des touffes grossières dans un gazon fin |
Délais de levée indicatifs, en sol humide ; ils varient selon la météo et selon les sources (Université du Tennessee, Penn State).
Et les agrostides ? On en trouve dans des mélanges routiers, comme le mélange standard du ministère des Transports. Dans une pelouse résidentielle, elles demandent un entretien exigeant et forment des plaques bouffantes (Université du Massachusetts). Le pâturin rude, lui, forme des plaques vert pâle à l'ombre humide et est souvent considéré comme une mauvaise herbe (Penn State).
Quelle graminée pour l'ombre ?
Les fétuques fines (rouge traçante, de Chewings et dure) sont les graminées de climat frais qui tolèrent le mieux l'ombre (Cornell). Sous les arbres, la fétuque rouge traçante et la fétuque de Chewings réussissent le mieux (Université du Minnesota). Même elles demandent au moins 4 heures de soleil direct par jour, et elles préfèrent l'ombre sèche (Université du Connecticut). Avec moins de soleil que ça, même les fétuques fines peinent.
Le pâturin du Kentucky, lui, a besoin de plus de soleil, surtout le matin (Santé Canada). La fétuque élevée se situe entre les deux.
L'été : pourquoi le pâturin jaunit
En période sèche, le pâturin du Kentucky entre en dormance : il brunit, puis reverdit quand l'eau revient (Ville de Québec, Ordre des agronomes du Québec). Il survit ainsi de 4 à 6 semaines sans dommages importants selon l'Université d'État de l'Iowa, et jusqu'à 8 semaines selon d'autres sources. Ce n'est pas une garantie : dans un essai au Kansas, du pâturin posé en plaques l'automne précédent ne s'est pas rétabli après 60 à 83 jours de sécheresse.
Les fétuques restent vertes plus longtemps. Au Minnesota, le pâturin commençait à brunir après environ 7 jours sans eau, alors que les fétuques élevée et fines restaient vertes au moins 28 jours.
Attention : une pelouse jaune n'a pas toujours soif. Les dégâts de la punaise velue « sont souvent confondus avec ceux causés par la sécheresse » (Université Laval). Pour arroser moins et mieux, voyez notre guide Économiser l'eau sur sa pelouse.
L'hiver : glace, neige et moisissure nivale
En hiver, le ray-grass vivace craint surtout la glace, les inondations et les hivers où la neige isole peu le sol (Penn State, Université du Minnesota, Université Laval). Il ne meurt pas pour autant chaque hiver, et des cultivars plus rustiques existent. C'est justement l'intérêt d'un mélange : quand une espèce souffre, les autres tiennent le terrain. Le pâturin du Kentucky, lui, garde ses points de croissance sous la surface, à l'abri du dessèchement hivernal.
La fétuque élevée craint aussi nos hivers : c'est une option pour un sol bien drainé où la glace ne s'accumule pas, pas un choix par défaut.
Au printemps, la moisissure nivale peut laisser des plaques mortes ou abîmées. La grise se développe sous une neige compactée qui dure longtemps et tue rarement le gazon ; la rose n'a pas besoin de neige et peut le tuer (Cornell). Pour la prévenir, évitez l'engrais azoté tard à l'automne et continuez de tondre tant que l'herbe pousse. Les fétuques fines sont les moins touchées : la fétuque dure résiste le mieux, la fétuque de Chewings le moins bien (observations de l'Université du Wisconsin).
Les endophytes, une défense naturelle contre la punaise velue
Certaines graminées hébergent un champignon qui vit à l'intérieur de la plante : un endophyte. On en trouve chez le ray-grass vivace, la fétuque élevée et les fétuques fines, mais pas chez le pâturin du Kentucky (ministère de l'Agriculture de l'Ontario). Chez certaines variétés, ces endophytes protègent la plante contre des insectes qui se nourrissent de ses feuilles et de ses tiges, dont la punaise velue, un ravageur des pelouses québécoises (Université Laval, Cornell).
Deux conditions : au moins la moitié de la pelouse doit être composée d'espèces à endophytes (Université Laval), et la semence doit être fraîche, car les endophytes meurent pendant l'entreposage à la température de la pièce (Ontario). Quand les dégâts reviennent d'une année à l'autre, l'Université Laval recommande de sursemer chaque année avec des espèces à endophytes. Aucune source consultée ne leur prête d'effet contre les vers blancs, qui mangent les racines.
La bonne hauteur de tonte
Santé Canada recommande de tondre à 6 à 8 cm (2,5 à 3 po). Les sources québécoises visent le haut de cette fourchette : 7,5 cm pour l'Ordre des agronomes du Québec, au moins 8 cm pour la Ville de Québec. La première tonte du printemps et la dernière de l'automne se font plus court, à environ 5 cm. Dans tous les cas, ne coupez jamais plus du tiers de la hauteur. Pour une pelouse qui vient d'être semée, suivez plutôt notre guide d'entretien d'une nouvelle pelouse.
Les mélanges que nous utilisons
Pour une pelouse résidentielle, notre forfait Standard utilise le mélange Herbionik Hydro-Résidentiel de Gloco : fétuque rouge traçante, ray-grass vivace, pâturin du Kentucky, fétuque durette et fétuque gazonnante. Le forfait Densité y ajoute du ray-grass vivace, qui lève vite et protège le sol. Pour les chantiers publics, on applique le mélange exigé au devis, comme le mélange no 1 du MTQ : fétuque rouge traçante, pâturin du Kentucky, agrostide et ray-grass vivace.
Pour un terrain ombragé, très fréquenté ou à faible entretien, on adapte le choix à votre terrain d'après vos photos. Le trèfle peut aussi faire partie du mélange. Voyez notre service Nouvelle pelouse et nos prix par forfait.
Sources
- Santé Canada, Aménagement de la pelouse, et Pelouses saines.
- Ville de Québec, Entretien écologique des pelouses.
- Ville de Sherbrooke, guide sur la pelouse, 2016 (BAnQ).
- Ordre des agronomes du Québec, L'entretien écologique de la pelouse.
- Université Laval, fiche sur la punaise velue, 2012.
- Penn State Extension, Turfgrass Species for Pennsylvania.
- University of Tennessee, fiche W160-B sur les graminées, 2023.
- Université du Minnesota, Buying turfgrass seed for Minnesota lawns, Conserving water in drought-affected lawns et graminées rustiques.
- Université du Connecticut, Choosing an Appropriate Grass Species, 2022.
- Cornell University, fiche sur les fétuques fines et Snow molds of turfgrass.
- Paul Koch (Université du Wisconsin), fétuques fines et moisissure nivale.
- Eric Lyons (Guelph Turfgrass Institute), Select the right seed for your turf cover, et article sur la fétuque élevée, Turf & Rec.
- Gouvernement de l'Ontario, Démystifier les endophytes.
- Iowa State University, pelouses et sécheresse, 2012.
- Kansas State University, essai sur la sécheresse et le pâturin.
- Université du Massachusetts, Selection of grasses.
- Université du Wisconsin, Seeding for Success, 2015.